Se séparer d'un être aimé ne se joue pas, pour l'essentiel, dans le fait de quitter ou d'être quitté. Se séparer c'est découvrir paradoxalement l'espoir insensé et sans cesse inaccessible d'une relation nouvelle, autre, différente, et d'abord avec soi-même. Le plus douloureux pour moi n'a pas été de te perdre, mais de renoncer à l'espoir fou que tu reviendrais, que tu m'appellerais. car, plusieurs mois après ta décision, cet espoir resurgissait, tenace, obsédant, impérieux par instant, parfois léger comme un mirage, d'autres fois lourd et pesant comme un ciel d'orage. C'est un petit matin, les yeux encore fermés, que je m'entendais dans mon corps faire des projets, évoquer le plaisir d'un partage croire en un morceau de rêve à vivre encore ensemble, imaginer que le téléphone allait sonner, que tu allais arriver vivant, présent que notre accord serait à nouveau intact, entier, et à nouveau émerveillé, comme il fut si souvent. C'est après ton départ que je t'ai portée en moi plus intense que jamais. Te quitter n'était pas très difficile tant que je pouvais garder le sentiment de ne pas t'avoir perdu. Tant que j'avais la certitude que nous n'étions pas allés, toi et moi jusqu'au bout de nos sentiments, de nos émois ou de nos plaisirs, tant qu'il y avait encore un possible. Même un seul brin de possible, une caresse sur ta joue, ta main contre mon ventre, un clignement d'½il ou ce mouvement du coup que nous avions l'un et l'autre, quand nous voulions en public au milieu des autres, nous témoigner notre accord. J'avais besoin d'un espace d'amour plus large que le tien, plus ouvert que le mien pour toi.